"L’Union Européenne, l’Homéopathie et les autres médecines non-conventionnelles.

Dr. Michel Van Wassenhoven.                                                                                               
Membre Suppléant au Parlement Européen,                                                                                  
Président de l’action COST-B4 - (1993-1999) « Unconventional Medicine » en 1997.

 

Votre Altesse Sérénissime, Mesdames, Messieurs,

Avant de vous présenter les possibilités de recherches futures, les travaux en cours ou déjà publiés dans le cadre de l'Union Européenne au sujet des Médecines non-conventionnelles, j'aimerais vous rappeler l'organisation des structures officielles de l'Europe.

De nombreuses organisations "privées" mais reconnues légalement dans un des pays d'Europe sont actives sur le plan Européen. Ainsi l'E.C.H. (European Committee for Homoeopathy) est une organisation reconnue par le Roi des Belges comme "Organisation Internationale poursuivant un but philanthropique et scientifique ayant son siège en Belgique". Nous reviendrons plus loin sur leurs activités.

Les structures Européennes sont partagées entre l'Union Européenne et le Conseil de l'Europe. L'Union Européenne est limitée aux pays membres (15 à ce jour), le Conseil de l'Europe est ouvert à tous les pays intéressés par les idées européennes au sein du continent "EUROPE". Lorsqu’il s’agit d’activités de recherche scientifique d’autres pays peuvent aussi s’y associer, ainsi un accord existe avec Israël depuis peu.

L'Union Européenne est dirigée par les "Conseils de Ministres" sous le contrôle du "Parlement Européen"; l'exécutif étant la "Commission Européenne" à ne pas confondre avec les Commissions du Parlement Européen formées de parlementaires particulièrement intéressés par l'un ou l'autre thème de société.

La "Commission Européenne" est composée de différentes "Directions Générales", responsables chacune d'un sujet particulier. Ainsi la D.G. XII se préoccupe du Développement, de la Recherche et de la Science en Europe. C'est à ce titre, que suite à une question précise du Parlement (avec budget attribué) concernant l'homéopathie, la D.G.XII a formé, en 1994, un groupe d'experts extérieurs sur le thème de l'homéopathie. Ce groupe devait répondre aux questions suivantes : L'homéopathie est-elle un phénomène digne de recherche en Europe ? - Quelles sont les contraintes qui l'ont empêché d'être reconnue officiellement à ce jour ? - Quelles méthodologies de recherche seraient éventuellement utiles ? - Peut-on définir des critères de qualité pour cette recherche ?

Au sein du "Conseil de l'Europe", les pays associés peuvent se regrouper et financer des actions sur des thèmes particuliers. Ces actions seront coordonnées (secrétariat) par les différentes D.G. concernées au sein de la "Commission Européenne". L'action COST B4 concernait les Médecines non-conventionnelles. Une convention de participation, un "M.o.U" (Memorandum of Understanding),  doit être contresignée par les différents pays qui désirent y participer. Ces pays peuvent alors désigner deux délégués qui les représenteront. Ce "Memorandum" contient des questions précises auxquelles l'action doit répondre. Pour COST B4, ces questions sont : Quelle est la situation des Médecines non-conventionnelles dans les différents pays d'Europe ? - Peut-on faciliter un processus de recherche scientifique à ce sujet et éventuellement proposer des normes de qualité ? - Est-il possible de coordonner les efforts des différents pays membres ? - Quel est l'état des recherches déjà publiées sur ces sujets dans les différents pays d'Europe ?

Le Groupe "HOMOEOPATHIE" (1994 - 1996)

 

Sous la présidence du Professeur G.FÜLGRAFF (Université de Berlin) ce groupe était constitué d'une vingtaine de personnes. Pour un tiers des méthodologistes spécialisés dans la recherche médicale, un tiers de chercheurs en médecine "orthodoxe" et de chercheurs connus dans le secteur de l'homéopathie (désignés par la Commission Européenne à partir d'une liste proposée par l'E.C.H.). Ce groupe à commencé son travail en 1994 et a déposé son rapport final auprès de la Commission Européenne en juillet 1996. Il peut être obtenu à l'adresse suivante : Dr. FRACCHIA - European Commission - D.G.XII - Science Research & Development - 8 floor - square de Meeus, 46 - B-1040 BRUSSELS - BELGIUM.

Il était divisé en 6 "sous-groupes" : Revue de littérature clinique - Dictionnaire - Méthodologies de recherche clinique - Contraintes - Méthodologies de recherche fondamentale - Lecture de protocoles, jugement et décision de recherches futures.

La Commission Européenne avait décidé de maintenir en activité le dernier sous-groupe afin de pouvoir répondre à un appel de protocoles de recherche à l'avenir mais il n’a jamais été convoqué depuis le fin des activités du groupe.

En résumé, les conclusions de ce travail sont les suivantes :

Il existe une littérature clinique intéressante concernant l'homéopathie, malheureusement elle est de qualité variable. Sur 377 références, seulement 21 ont pu servir à un réel audit inter universitaire (Lyon-Londres-Milan-Amsterdam). Si à partir des études analysables on peut conclure qu'il existe une activité des remèdes homéopathiques supérieure au placebo, on ne peut en tirer de conclusions définitives sur la valeur de l'homéopathie puisque le nombre de patients inclus dans ces études n'est que de 2.282. (Pour l'exemple, la reconnaissance définitive de l'activité anticoagulante de l'aspirine nécessita 45.000 patients inclus dans 6.000 études). Cependant, ces conclusions confirment entièrement les résultats d'audits antérieurs. L'homéopathie est donc bien digne de recherche.

Afin d'éviter des confusions de termes lors des rencontres entre experts, un dictionnaire de termes scientifiques & homéopathiques a été publié.

Un consensus a été réalisé entre experts "orthodoxes" et "homéopathes" au sujet des méthodologies à utiliser et des priorités de recherche à stimuler à l'avenir en Europe.

L'analyse des contraintes empêchant un processus de recherche et de reconnaissance de l'homéopathie en Europe a été réalisée grâce à la circulation de questionnaires au sein de 4 pays européens. Ces questionnaires ont été adressés à 7 catégories différentes d'individus:  patients - médecins - chercheurs universitaires - homéopathes - pharmaciens etc. Une contrainte domine les autres : l'usage des hautes dilutions est un fait qui rendrait "impossible" l'homéopathie et donc toute recherche inutile.

Un consensus entre experts fut également possible au sujet des méthodologies de recherche fondamentale à utiliser pour analyser l'activité des hautes dilutions en homéopathie. Une revue de la littérature fondamentale sur ce thème fut néanmoins refusée par les experts "orthodoxes" (ne parlait-on pas de contraintes !) mais cette revue aura lieu au sein de l'action COST B4.

Un consensus au sujet des normes à utiliser pour la rédaction et la lecture de protocoles de recherche fut aussi possible et publié. Il servira de référence pour les recherches futures.

 

L'action COST B4 (1993 - 1999).

 

Cette action a commencé en 1993 et s’est terminée en 1999.

Un premier résultat concret de cette action est une banque de données contenant toutes les recherches en cours en Europe sur le thème des Médecines non-conventionnelles ainsi que les coordonnées des chercheurs. Cette banque de données a été mise à jour régulièrement pendant l’action .

Les rapports annuels d'activité, le rapport final du Comité de direction ainsi que son supplément ont été publiés par la Commission Européenne et peuvent être obtenus à l'adresse suivante : Dr. MANDENOFF - European Commission - COST Scientific Secretary for Medical Research - rue de la Loi, 200 - B-68, 4/26 - B-1049 BRUSSELS - BELGIUM.

En juin 1994 une conférence intitulée "Complementary Medicine Research : An International Perspective" fut organisée à Londres, les minutes de cette conférence sont disponibles à l'adresse sus indiquée. Les nombreux participants à cette conférence ont exprimé leur satisfaction quant à l'organisation de cette rencontre qui a rassemblé tant de personnes différentes mais cette diversité fut aussi cause de discussions souvent "orageuses". Un point de départ qui souligne bien les difficultés de fonctionnement d'un tel groupe.

Des revues des littératures cliniques, fondamentales et sociologiques ont été réalisées. Bien sûr le travail déjà réalisé par le "Groupe Homéopathie" peut servir d'exemple mais le travail était ici beaucoup plus vaste puisqu'il devait s'intéresser à toutes les Médecines non-conventionnelles utilisées en Europe (ou au moins aux plus importantes). Etant responsable de la revue de littérature en recherche fondamentale (et aussi membre de son sous-groupe Homéopathie) j'ai le plaisir de vous présenter aujourd'hui la première partie de cette revue, celle qui s'intéresse à l'homéopathie. Elle fut l'objet d'une thèse de doctorat en pharmacie à l'Université de Montpellier, sous la responsabilité de Madame le professeur Madeleine Bastide. 455 références servirent de point de départ à la première section de cette revue qui montre très concrètement que l'activité des hautes dilutions, qui peut rester difficile à comprendre, n'en est pas moins un fait digne de recherche. Il ne manque que quelques reprises de recherches dans des laboratoires indépendants pour considérer ces faits comme définitifs. Une revue identique fut menée à bonne fin concernant l'acupuncture, l’anthroposophie, la chiropraxie, l’ostéopathie, la phytothérapie et les autres Médecines non-conventionnelles.

Comme pour le groupe "homéopathie" un consensus fut possible entre tous les participants en ce qui concerne les méthodologies de recherche. L'analyse des contraintes qui s'opposent aux Médecines non-conventionnelles fit également l'objet d'une analyse par un groupe de travail.

Vous constaterez le parallélisme et la complémentarité qui existe entre les activités de cette action COST B4 et celles du "Groupe Homéopathie".

Les rapports de l’action COST B4 se trouvent également sur Internet, termes de recherche : <COSTB4report> & <COSTB4supplement>. Ce supplément comporte 4 sections : la première est constituée des exposés d’experts invités durant les 5 années d’activités de cette action , les 3 suivantes sont des CONSENSUS d’experts concernant les recommandations pour la recherche dans ces domaines, un survol général des connaissances selon les utilisateurs et les praticiens et enfin une première revue systématique des littératures publiées concernant la compréhension des mécanismes d’activité de ces pratiques.

L'European Committee for Homoeopathy.

 

Cette organisation peut servir de modèle de coordination des activités "Européennes" dans le cadre d'une des Médecines non-conventionnelles. L'existence de cette organisation européenne n'est pas étrangère au fait que l'homéopathie fait office de "locomotive" dans toutes ces démarches. Bien sûr l'homéopathie est aussi la médecine non-conventionnelle la plus utilisée et prescrite en Europe.

Un groupe ou une action officielle en Europe n'est possible que si les autorités européennes peuvent compter sur un "répondant" représentatif sur tous les plans. Ainsi dans une revue de littérature, nous demandons à ces "répondants" de vérifier les listes de références. La composition des groupes sera proposée par ces organisations pour autant qu'elles puissent démontrer leur représentativité.

L' E.C.H. est présidé actuellement par le Dr. J. IMBERECHTS (également Président de la Ligue Médicale Homéopathique Internationale).

Il regroupe les associations médicales homéopathiques de tous les pays d'Europe ainsi que toutes les personnes individuelles désirant défendre l'homéopathie. Ses dernières Assemblées Générales furent impressionnantes aussi bien au point de vue du nombre d'associations représentées que de pays participants (y compris plusieurs pays de l'Est !).

Différents sous comités prennent en charge des actions précises :

le sous comité "Education" a élaboré, met à jour et contrôle la mise en pratique d'un programme d'enseignement harmonisé de l'homéopathie en Europe;

le sous comité "Provings" se préoccupe des normes utilisées pour les pathogénésies, c'est-à-dire pour l'expérimentation des produits homéopathiques sur des individus sains;

le sous comité "Recherche Clinique" est un forum de discussions & d'échanges sur le thème de la recherche clinique en homéopathie, le choix des priorités y est discuté;

le sous comité "Recherche Fondamentale" permet une mise à jour annuelle de la revue de littérature, prépare un programme de recherche et en propose les priorités;

le sous comité "Recherche & Société" s’intéresse aux études sociologiques;

le sous comité "Documentation" met à jour un catalogue international des livres, revues et publications, il alimente en documents de référence les autres sous comités;

le sous comité "Pharmacologie" suit, amende les textes et interfère auprès des autorités européennes responsables des directives et de la pharmacopée des médicaments homéopathiques; l'industrie est largement représentée dans ces 2 derniers sous comités;

le sous comité "Patients" permet l'écoute et les échanges d'informations entre associations de médecins et associations de patients, des actions communes sont ainsi possibles;

le sous comité "Politique" a élaboré les normes pour une pratique de qualité de l'homéopathie en Europe, il est en contact constant avec les autorités européennes.

Pour recevoir ces dossiers on peut contacter : Dr NICOLAI - E.C.H. Secretary - Mathenesserlaan, 209 - 3014 HD ROTTERDAM - The NETHERLANDS.

La Commission Parlementaire de l'environnement, de la santé publique et de la protection des consommateurs :

 

Adresse du précédent rapporteur dossier Médecines non-conventionnelles : Monsieur Paul LANNOYE  Parlement européen - Montoyer 3/35   97-113 rue Belliard - B-1047 BRUXELLES - BELGIUM. Il est aujourd’hui le chef du groupe des verts au Parlement européen.

 

C'est à l'initiative de membres de cette commission que les projets de l'Union Européenne concernant les Médecines non-conventionnelles furent décidés. (Directive concernant le Médicament homéopathique - Questions à la D.G. XII - Budgets pour ces recherches : 1.000.000 écus pour l'homéopathie + 1.000.000 écus pour les autres Médecines non-conventionnelles & plus récemment un budget pour l’évaluation des médecines non-conventionnelles au sein du 5ème programme cadre de recherche européenne 1998-2003).

Mais cette commission ne souhaitait pas s'arrêter en si bon chemin. Une première tentative de rapport visant la légalisation des Médecines non-conventionnelles en Europe n'eut pas, pour des raisons de blocage administratif bien organisé, le succès souhaité (1994). Mais après les élections européennes de 1994, le même rapporteur fut élu pour faire aboutir ce dossier.

Ce rapport, ne fut pas adopté tel quel par le Parlement européen, mais remplacé par la résolution « COLLINS » qui demande, avant cette reconnaissance des médecines non-conventionnelle, un rapport complet d’évaluation de ces pratiques en Europe.

 C'est "le parcours du combattant", nous sommes bien décidés à y survivre !

Néanmoins, le rapport « Paul LANNOYE », réalisé en étroite collaboration avec les organisations professionnelles concernées, a ouvert le débat sur les pratiques non-conventionnelles en Europe. En Belgique il fut la référence pour la loi cadre qui doit régler l’enregistrement de l’acupuncture, la chiropraxie, l’homéopathie et l’ostéopathie dans un premier temps et d’autres pratiques plus tard. Lorsque l’étape de l’évaluation des médecines non-conventionnelles sera réalisée, nul doute que ce rapport reviendra au premier plan des préoccupations des parlementaires européens.

Initiatives européennes actuelles & futures.

 

Toujours à l’initiative du groupe Paul LANNOYE, aujourd'hui chef de groupe des verts européens, le Conseil des Ministres de la Recherche en Europe a adopté un amendement concernant le financement du 5ème programme cadre de recherche. Le texte de la résolution « COLLINS » y est repris mot pour mot : « ... et évaluer l’efficacité, la sécurité et le champ d’application des thérapies non conventionnelles en tenant compte de leur rôle préventif et des possibilités d’une approche individuelle et holistique de la santé.

En pratique, les soumissions sur ces thèmes devaient être introduites auprès de la Commission Européenne pour le 14 octobre 1999. La personne en charge de ces projets est Mme Lisette SCHERMER qui est en charge du domaine « Santé publique et services de santé » au sein de l’unité B.II-3 : Activités génériques et infrastructures. Tel. +32-2.296.79.27 E-mail : elisabeth.schermer@dg12.cec.be

Des experts désigneront les meilleurs projets de recherche en fonction des réponses qu’ils pourront apporter aux questions posées. Deux types de projets ont été déposés, les uns incluant un grand nombre de patients associent l’évaluation sociologique du recours à une pratique non-conventionnelle avec celle de son efficacité par l’intermédiaire de questionnaires validés ; d’autres sont des études cliniques plus limitées en nombre de patients mais faisant appel éventuellement à la méthodologie du double insu. Quelques projets de reprise des revues de littératures antérieures dans un but de mise à jour et d’évaluation nouvelle (recherche des convergences entre certaines publications) existent également.

Il n’est pas impossible qu’une nouvelle action COST soit décidée afin de poursuivre le travail réalisé par l’action COST B4 aujourd’hui clôturée après la période de prolongation tolérée. Si une telle action devait voir le jour, elle sera certainement beaucoup plus ciblée sur la promotion des activités de recherche et ne se limitera plus à un inventaire de la situation actuelle des médecines non-conventionnelles en Europe.

  

Conclusions

 

Dans les différents documents de référence vous trouverez les consensus entre experts internationaux concernant l’état de la situation des Médecines non-conventionnelles en Europe. Le travail réalisé à ce jour n'est qu'une petite partie de ce qui nous reste à faire mais il a dépassé un point de non-retour. On ne peut plus ignorer les Médecines non-conventionnelles ou se cacher derrière des affirmations dogmatiques dépassées.

Un processus inexorable est engagé et souhaité par les autorités européennes, la reconnaissance des Médecines non-conventionnelles se fera par l'intermédiaire de démarches scientifiques réalisées en dehors de tout climat de suspicion. Sans doute cette démarche sera aussi normative mais cette harmonisation aura des bases comprises et acceptées par tous. La protection des consommateurs, souci prioritaire des autorités européennes, sera ainsi assurée.

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