"Méta-analyse des travaux récents en clinique homéopathique".

 

Dr. Michel Van Wassenhoven.

       

Membre Suppléant au Parlement Européen,  
 
Président de l’action COST-B4 - (1993-1999) « Unconventional Medicine » en 1997,           
 
Vice Président pour la Belgique de la Ligue Médicale Homéopathique Internationale.

 

Votre Altesse Sérénissime, Mesdames, Messieurs,

Cet exposé réalisera le survol des différentes revues de la littérature homéopathique publiées durant les dernières années et envisagera les perspectives d’avenir.

 

Le Groupe "HOMOEOPATHIE" (1994 - 1996)

 

Sous la présidence du Professeur G.FÜLGRAFF (Université de Berlin) ce groupe était constitué d'une vingtaine de personnes. Pour un tiers des méthodologistes spécialisés dans la recherche médicale, un tiers de chercheurs en médecine "orthodoxe" et de chercheurs connus dans le secteur de l'homéopathie (désignés par la Commission Européenne à partir d'une liste proposée par l'E.C.H.). Ce groupe à commencé son travail en 1994 et a déposé son rapport final auprès de la Commission Européenne en juillet 1996. Il peut être obtenu à l'adresse suivante : Dr. FRACCHIA - European Commission - D.G.XII - Science Research & Development - 8 floor - square de Meeus, 46 - B-1040 BRUSSELS - BELGIUM.

Ce groupe publia en 1996 un réel AUDIT de toute la littérature clinique homéopathique disponible. Le professeur J.P. BOISSEL (Prof. de Pharmacologie Clinique à l’Université Claude Bernard de Lyon - France) en fut le coordinateur et l’éditeur.

Le but de ce groupe était de réaliser une revue critique de la littérature clinique homéopathique afin d’évaluer une possible activité clinique spécifique versus placebo ou groupe non traité.

Par une recherche d’envergure, 377 références furent localisées. De ces publications 184 furent retenues dans un premier temps car correspondent à des critères d’éligibilité prédéfinis :

115 travaux clairement randomisés [sélection des patients dans le groupe traité par le « verum » ou le groupe contrôle « at random », au hasard] (dont 32 seulement définissent bien à l’avance le résultat recherché) et

69 non randomisés ou incertains sur ce point.

La qualité générale de ces 184 publications sélectionnées fut ensuite évaluée par différents groupes indépendants dans différentes universités :

*  20% méthode de décision d’attribution d‘un type de traitement ou d’un autre non spécifiée ou incertaine ;

*  4%  schéma (design) de l’expérimentation non décrit ;

*  34% type d’insu non spécifié (double ou simple insu, étude ouverte) ;

*  20% critères d’inclusion de patients non décrits ;

*  77% principe d’intention de traitement non spécifié.

 

En conclusion, quelques publications présentent un niveau de qualité satisfaisant et correspondent aux critères actuels de publication de recherche clinique. Un tiers de ces rapports sont de pauvre qualité et correspondent probablement à des recherches où la qualité de la méthodologie est pauvre.

24 études randomisées décrivant clairement un but primaire de recherche (une seulement était en simple insu) furent retenues en fin de procédure de sélection. Ceci permettant 28 comparaisons de groupes.

Pour 3 comparaisons les éléments nécessaires pour le calcul mathématique de l’audit n’étaient pas disponibles et pour 4 la qualité de ces éléments était insuffisante pour autoriser leur incorporation dans cette méta-analyse. Il reste donc 21 comparaisons utilisables pour le calcul des valeurs statistiques « p » rassemblées. Ces 21 comparaisons proviennent de 19 études publiées.

Ceci représente un nombre total de 2.282 patients. Ceci signifie que la quantité des évidences disponibles sur l’efficacité de l’homéopathie est limitée en terme de quantité.

Pour les 21 comparaisons utilisables, toutes méthodes confondues, le résultat final est une valeur « p » inférieure à 0.001. Ceci signifie qu’au moins dans une étude l’hypothèse nulle d’absence d’effet spécifique peut être rejetée c’est-à-dire que les patients qui ont été soumis à cette analyse (ceux qui ont été traités par un remède homéopathique) ont eu un bénéfice par rapport à ceux qui n’ont reçu qu’un placebo. On ne peut bien sûr rien dire concernant d’éventuels biais de recherche. Il ne fut pas non plus possible de réaliser une méta-analyse conventionnelle puisqu’il fut nécessaire de regrouper des maladies et des critères de contrôle très variés.

On pourrait donc penser que les résultats obtenus par cette analyse générale sont trop optimistes. Cependant les autres analyses de sensibilité démontrèrent que ces résultats sont significatifs et robustes (proportion de patients ayant quitté en cours d’étude et valeurs « p » pour chaque étude prise isolément).

En résumé, les conclusions de ce travail sont les suivantes :

Il existe une littérature clinique intéressante concernant l'homéopathie, malheureusement elle est de qualité variable. Sur 377 références, seulement 21 ont pu servir à un réel audit inter universitaire (Lyon-Londres-Milan-Amsterdam). Si à partir des études analysables on peut conclure qu'il existe une activité des remèdes homéopathiques supérieure au placebo, on ne peut en tirer de conclusions définitives sur la valeur de l'homéopathie puisque le nombre de patients inclus dans ces études n'est que de 2.282. (Pour l'exemple : la reconnaissance définitive de l'activité anticoagulante de l'aspirine nécessita 45.000 patients inclus dans 6.000 études). Cependant, ces conclusions confirment entièrement les résultats d'audits antérieurs (Kleijnen J, Knipschild P, ter Riet G 1991). L'homéopathie est donc bien digne de recherche.

L'étude "Klaus LINDE" (1997)

 

En septembre 1997, la revue "The Lancet" publia une méta-analyse fort comparable à la précédente (Vol. 350 - Septembre 20, 1997 - pp 834). La question posée ici était on ne peut plus claire : "Les effets cliniques de l'homéopathie sont-ils des effets placebo ?". Ici aussi l'analyse portait donc sur les études avec contrôle placebo. La méthode de recherche de publications bien que différente de l'analyse précédente permis de localiser 186 papiers publiés dont 119 randomisés contre 184/115 pour le "groupe homéopathie". Ici aussi, l'analyse statistique sophistiquée permet de conclure "Il n'est pas possible d'attribuer les effets cliniques de l'homéopathie uniquement à un effet placebo même si cette conclusion ne permet pas d'affirmer définitivement l'efficacité spécifique de l'homéopathie". Plus de recherches rigoureuses sont nécessaires.

Ce parallélisme dans les inclusions et les résultats de ces deux méta-analyses permet de confirmer la valeur indéniable de ces conclusions. Dans le travail de Klaus Linde, la présence d'éventuels biais de publication furent aussi recherchés par les tests de sensibilité les plus modernes et les plus sévères; malgré ces divers ajustements de variables, les résultats restent toujours significatifs et solides.  

L'action COST B4 (1993 - 1999).

 

Cette action a commencé en 1993 et s’est terminée en 1999.

Les rapports annuels d'activité, le rapport final du Comité de direction ainsi que son Supplément ont été publiés par la Commission Européenne et peuvent être obtenus à l'adresse suivante : Dr. MANDENOFF - European Commission - COST Scientific Secretary for Medical Research - rue de la Loi, 200 - B-68, 4/26 - B-1049 BRUSSELS - BELGIUM.

Les rapports de l’action COST B4 se trouvent également sur Internet, termes de recherche : <COSTB4report> & <COSTB4supplement>.

La question posée au sujet des médecines non-conventionnelles était celle de leur efficacité. Pour répondre à cette question, le comité de direction a obtenu la collaboration de « Cochrane Collaboration » qui est un réseau de chercheurs dans le secteur du médical à l’échelle mondiale. Cette organisation a développé une banque de donnée centrale localisée à Londres. Plutôt que de réaliser une revue supplémentaire de toute la littérature disponible, le travail du groupe fut de réaliser une revue des revues de littérature clinique. Furent évoqués, l’acupuncture, l’homéopathie, la phytothérapie et les thérapies manuelles (comprenant la chiropraxie et l’ostéopathie).

Les critères d’inclusion ont été : les revues prospectives d’études cliniques humaines décrivant explicitement au moins un des éléments suivants : description de la méthode de recherche et de sélection des publications ; description de la méthode pour en évaluer la qualité ; description de la méthode utilisée pour résumer les résultats. Il fallait en outre que ces revues soit publiées ou acceptées pour publication, qu‘elles se focalisent sur l’effet des traitements (et non pas seulement sur le diagnostic, les effets secondaires, etc.), qu’elles aient été publiées dans les 15 dernières années (1983-1997).

Les sources furent : Medline, Embase, la banque de données du Centre de recherche sur la médecine complémentaire de l’Université de Munich. De plus, les chercheurs connus par l’action COST B4 furent aussi contactés personnellement afin de pourvoir en publications.

Toutes les informations disponibles (année de publication, conditions, groupes contrôles,  méthode d’évaluation, nombre et type d’études incluses, conclusions, etc.) furent résumées sous forme de tableaux. Chaque revue pouvait obtenir une ou plusieurs qualifications :

« C » si la méthode de recherche des publications pour la revue était explicite et ‘C’omplète [recherches dans les banques de données internationales (ex. Medline, Embase) et dans des banques de données spécifiques (ex. Ciscom), bibliographies des articles obtenus et contact avec les auteurs ou chercheurs du secteur].

« Q » si la ‘Q’ualité des études cliniques incluses a été contrôlée selon les critères méthodologiques standards (randomisation, insu etc.).

« M » si les résultats des études incluses ont été résumées sous la forme d’une ‘M’éta-analyse quantitative (analyse statistique combinée des résultats de diverses études indépendantes).

Les conclusions au sujet de l’efficacité sont classifiées par comparaison au groupe placebo ou non traités : « + » = bonnes évidences d’efficacité supérieure au placebo ou non traité ; « (+) » = résultat positif mais pas absolu ou seulement tendance à une évidence positive ; « ? » = ambigu ou évidences insuffisantes ; « - » = aucun effet supérieur au autres groupes.

Pour des comparaisons avec des résultats standardisés ou d’autres traitements : « + » = évidences pour un résultat supérieur aux standards ou autres traitements ou au moins équivalence d’efficacité ; « (+) » = évidences limitées pour une équivalence d’effet ; « ? » = évidences insuffisantes ou ambiguës ; « - » = les standards ou les autres traitements sont supérieurs.

Table : Revues systématiques en clinique homéopathique.

Premier Auteur

Année

Intervention

Condition

Comparaison

Qualificat.

Nbre

Conclusions

Hill

90

Toutes

Toutes

placebo

 

40

?

Kleijnen

91

Toutes

Toutes

placebo

C,Q

107

(+)

Lutz

93

Toutes

Toutes

placebo

M

22

?

Boissel

96

Toutes

Toutes

placebo

C,Q,M

115

(+)

Linde

97

Toutes

Toutes

placebo

C,Q,M

119

(+)

Wiesenauer

96

Galphinia

pollinoses

placebo

M

7

+

Reilly

94

Isopathie

allergies

placebo

 

3

+

En conclusion, par les revues systématiques récentes on constate qu’environ 190 études contrôlées on été publiées avec des remèdes homéopathiques. De celles-ci, environ 120 étaient randomisées (choix des groupes au hasard). Le nombre d’études cliniques prospectives non contrôlées en homéopathie est relativement faible si on exclu les publications sur les remèdes complexes (association de plusieurs remèdes homéopathiques dans une même préparation).

A partir des deux plus récentes méta-analyses (Boissel – Linde : cfr. plus haut), la revue de l ‘ensemble de toutes les publications cliniques suggère que le remède homéopathique peut avoir un effet supérieur au placebo. La faible qualité de certaines études et le manque de réplication d’un modèle spécifique dans des centres indépendants empêchent cependant une acceptation définitive de cette conclusion pour le moment.

Deux modèles d’études ont été reproduits dans différents centres avec des résultats comparables supérieurs au placebo. Pour le modèle GALPHINIA, la qualité des études est acceptable mais ne respecte pas tous les standards actuels, de plus ces études ont été coordonnées par le même expérimentateur ce qui ne peut dans ce cas être considéré comme des réplications indépendantes. Cette même dernière remarque est valable pour le modèle ISOPATHIE qui en plus n’a pas à chaque fois considéré des conditions de maladies identiques (pollinoses & asthme allergique). Une confirmation vraiment indépendante et rigoureuse serait donc encore nécessaire pour rendre ces conclusions définitives.

La recherche clinique homéopathique a été jusqu’ici orientée presque complètement vers une seule question : « est-ce un placebo ? ». Cette question générale ignore le fait que l’homéopathie peut être utilisée de différentes manières (concepts thérapeutiques) dans des conditions extrêmement variables. Théoriquement, rien ne dit que tous les concepts thérapeutiques homéopathiques sont tous effectifs de la même manière. La raison de cette question générale est à rechercher dans le fait que pour les autorités académiques l’action des dilutions homéopathiques ne correspond pas à un paradigme acceptable, les chercheurs ont donc surtout cherché à « justifier » l’homéopathie par rapport aux autorités scientifiques établies. Il en ressort que les recherches publiées peuvent être remises en question par rapport à la pratique homéopathique courante, les modèles étudiés ne reflétant que rarement la pratique journalière.

Aucune revue systématique des milliers de cas cliniques publiés régulièrement par les homéopathes du monde entier n’a été réalisée à ce jour. Les recherches futures devraient être plus orientées vers la pratique quotidienne de l’homéopathie.

A notre connaissance, aucune revue systématique concernant les risques de l’homéopathie n’a été faite à ce jour. Du point de vue conventionnel, qui considère l’homéopathie comme un placebo, un risque direct est peu probable pour le moins sous le seuil d’une certaine dilution. Les homéopathes ne parlent que peu d’effets secondaires en homéopathie, tout au plus ils ont publié des cas d’ « aggravations primaires » (aggravation de symptômes dans la première phase d’un traitement) mais ils considèrent cette réaction comme positive.

Un risque indirect (non application d’un autre traitement adéquat) pourrait être plus important mais peu de publications existent sur ce phénomène. Récemment, des cas de malaria ont été reportés chez des patients qui avaient essayé de prévenir la malaria par l’homéopathie plutôt que par les médicaments standards.       

L'action COST B4 (1993 - 1999) (Supplément).

 

Il me semble qu’il serait malheureux de ne pas mentionner ici le revue de littérature « pré-clinique » réalisée durant cette même action COST B4.

Cette revue fut confiée à un groupe de travail spécialisé, la collaboration du Professeur Madeleine Bastide permis de bénéficier des facilités d’une thèse de doctorat en pharmacie à l’université de Montpellier.  

Durant une première phase, une revue des revues de littérature antérieure permis surtout d’établir une liste claire de critères nécessaires pour qu’une publication soit relevante par rapport à l’homéopathie et de qualité (critères scientifiques).

Les revues de littérature analysées furent :

G FUMAGALLI (EXPERIMENTALARBEITEN FUR EINEN NACHWEIS DER EFFEKTE KLEINSTER DOSEN - EINE LITERATURUBERSICHT) - Dissertation de 1992, Institut de Chimie Physiologique de l'école supérieure vétérinaire de Hanovre (Allemagne).

            La grille de critères, identique pour chaque étude présente l'avantage d'être facilement accessible et permet une comparaison rapide des différentes publications. Mais elle est rigide, son manque de souplesse engendrant parfois un défaut de justesse dans la critique qui ne peut par ce système être nuancée ou fine. En outre, on peut s'étonner de l'abondance de signes négatifs correspondant à des critères comme études en aveugle, études avec placebo, représentant des caractéristiques quasi systématiques de l'expérimentation contemporaine. Cette grille d'évaluation parait désuète, n'évaluant la valeur de chaque expérience que par, pourrait on dire, ses caractéristiques externes et ne donnant aucune indication sur l'esprit dans lequel elle a été réalisée et les mécanismes auxquels elle fait appel. L'erreur qui se glisse parfois dans l'évaluation de certaines études en fait un travail très subjectif malgré l'objectivité qu'il semble revendiquer.

R.HALM (ACTUALITE ET MODERNITE DE LA RECHERCHE EXPERIMENTALE EN HOMŒOPATHIE).    

            Dans cette thèse soutenue en janvier 1993, René Halm analyse, explique ou mentionne 272 publications dont 48 parmi les 403 sélectionnées pour notre étude; il ne les évalue pas. Il décrit les expérimentations, notant éventuellement les défauts qu'il y décèle sans jamais remettre en cause leur intérêt. Il met en évidence les hypothèses et explications que ces études peuvent suggérer ainsi que leurs densité, intérêt et sens par rapport à la méthode,  il semble être peu exigeant quant à leurs protocoles. Par la progression de son plan, il définit le domaine de chaque expérience et  permet une vue à la fois générale et détaillée de la recherche expérimentale en homéopathie. Cette étude semble juste et objective puisqu'elle ne porte aucun jugement.        

J.J.AULAS (L'HOMEOPATHIE: APPROCHE HISTORIQUE ET CRITIQUE ET EVALUATION SCIENTIFIQUE DE SES FONDEMENTS EMPIRIQUES ET DE SON EFFICACITE THERAPEUTIQUE).

            Il s'agit d'un livre publié en 1985 abordant l'Homéopathie sous plusieurs de ses aspects: historique, géographique, mode de préparation, législation, expérimentation pathogénétique, recherche pharmacologique. Le but de cet ouvrage exposé dans l'introduction, est de "faire le point le plus objectivement possible sur l'homéopathie ", et la tonalité en est donnée par la première ligne, une citation: "dans le faux, sinon l'insensé, le vrai déjà s'éprouve et se cherche. "F Dagognet (la raison et les remèdes). Dans le chapitre relatif à la recherche pharmacologique de laboratoire, l'auteur utilise 41 références (dont 9 présentes dans notre bibliographie) pour soutenir que "les affirmations selon lesquelles la loi de similitude ou l'activité de doses infinitésimales sont démontrées chez l'animal ne peuvent pas être acceptées". Il définit une série de critères qu'une expérimentation doit présenter pour être valide.

T VAN ASSELDONK : (HOMEOPATHIE BIJ PLANTEN).

Il s'agit d'une vue générale des données de recherche sur l'Homéopathie chez les plantes inspirée de l'étude de 51 publications dont 12 référencées parmi celles que nous nous proposons d'étudier. Cet article a été publié en 1991. L'auteur ne définit pas de système d'évaluation, mais présente un résumé des publications analysées et une vue pertinente, mais personnelle, de ce que devrait être la recherche en Homéopathie chez les plantes. L'individualisation semble être pour elle le concept fondamental trop souvent négligé, effacé par certains protocoles et masqué par la présentation statistique des résultats; pour plus de justesse plusieurs paramètres devraient être analysés; et selon elle, la non reproductibilité de l'action d'un remède ne signifie pas qu'elle n'existe pas.

K. LINDE : (CRITICAL REVIEW AND META-ANALYSIS OF SERIAL AGITATED DILUTIONS IN EXPERIMENTAL TOXICOLOGY).

Une étude publiée en 1994 portant sur les effets protecteurs des préparations diluées et agitées en série en toxicologie expérimentale et comportant 139 expérimentations depuis 1955 ( dont 64 référencées pour notre étude .) Le système d'évaluation est constitué par des critères d'inclusion et une évaluation de la qualité de chaque publication incluse. Une méta-analyse combinant les résultats de toutes les expérimentations comparables a été réalisée quand : a) la même toxine était utilisée; b) la dose et la voie d'administration étaient identiques; c) la dilution dynamisée était de préparation et de niveau de dilution identiques; d) la mesure des résultats était identique; e) les scores évaluant la qualité représentaient au moins 50% du maximum ou au delà du score moyen pour toutes les études et qu'aucune déficience méthodologique majeure n'était notée; f) au moins trois expériences qualifiées avaient eu lieu. L'ensemble de ce travail est très rigoureux.

 

Cette revue des revues ne permet d'autre conclusion que de décider de réaliser une revue plus complète, rigoureuse et systématique. Le groupe de travail décida de n'inclure dans cette nouvelle revue que les publications où au moins un élément clef de l'homéopathie est présent (par exemple les hautes dilutions).  En cours de travail, il fut évident qu'un simple classement selon la présence ou non de différentes variables (critères scientifiques et homéopathiques = analyse de la "relevance" de l'étude) n'a de sens que si on les classe aussi par concept de traitement. Ces concepts peuvent révéler la base biologique du mécanisme d'action des produits homéopathiques même en l'absence de démonstration par la physique conventionnelle. 

Comme pour la recherche clinique, cette recherche est un phénomène relativement neuf qui s'amplifie depuis des années 80.  

Différents aspects du phénomène homéopathique ont été étudiés par divers auteurs à l'aide de plusieurs modèles biologiques. Il fut possible de classifier les publications par rapport aux concepts étudiés (la figure suivante montre le pourcentage de publications dans chaque catégorie) :

à   Utilisation de molécules endogènes diluées = sensibilité génétique (28%)

à   Règles d'Identités (Mithridates) = apprentissage (24%)

à   Autres (20%)

à   Hormésis (loi d'Arndt-Schultz) = inversion des effets par dilution homéopathique (13%)

à   Principe de Similitude = corrélation des symptômes (8%)

à   Régulation Cybernétique (feedback etc.) = signal moléculaire (4%)

à   Effet Rebond (self guérison) = corrélation dans le temps (3%)

*     Utilisation de molécules endogènes : les dilutions sont préparées à partir de solutions concentrées de molécules qui appartiennent au même être vivant. L'effet est le même que si le produit original était présent. Les modèles sur cellules et animaux sont les plus courants, certains sont aussi réalisés sur des plantes.

 

*     Règles d'Identité : le produit utilisé pour le traitement est le même que le produit toxique cause des problèmes. Il peut être donné avant ou après l'intoxication en dilution homéopathique supérieure ou inférieure au nombre d'Avogadro. Ce modèle  est essentiellement animal, mais parfois aussi utilisé sur des plantes et très rarement sur des  cultures cellulaires. Une reproductibilité indépendante a été retrouvée dans le modèle végétal à l'Arsénic ou au CuSO4 intoxication/detoxication du lepidium ou du blé. 

 

*     Hormésis : concept général qui défini un changement d'effet, vers un effet opposé, d'une substance à deux différentes concentrations. Le plus souvent cette recherche se fait sur  animaux ou des plantes mais des cellules en culture ont aussi été utilisées, de même dans deux cas des volontaires humains ont été soumis à ce modèle avec de l'aspirine.

 

*     Le Principe des Semblables : une substance, capable de provoquer des symptômes dans un organisme sain, agira comme agent curatif dans un organisme malade qui présente les mêmes symptômes spontanément. Toutes ces études ont été faites sur animaux.

 

Les règles de l'identité, l'hormésis et le principe des semblables sont en relation directe les uns avec les autres. Ils sont classés en différents concepts de recherche fondamentale car ils utilisent des modèles de recherche différents.

 

*     Régulation Cybernétique : effets de dilutions homéopathiques inférieures au nombre d'Avogadro (reste donc moléculaire !) d'un produit agissant sur la régulation d'un système étudié. Des cellules ou des animaux sont les sujets de cette recherche.

 

*     Effet Rebond : après une forte contamination toxique, le sujet expérimental présente des symptômes opposés et régulateurs. Cet effet est toujours temporaire et lié au temps écoulé. Nous avons trouvé uniquement ici des travaux sur cellules.    

 

Des études pré-cliniques analysées (162 papiers sur 455 publications), une sur trois a été  publiée dans une revue internationale à comité de lecture. On peut donc y relever la qualité scientifique relativement élevée.

 

 

 

 

 

 

Résultats résumés :

Colonne numéro 1 = Concepts - Mécanismes (%)/ n° 2 = Nombre d'art./ n° 3 =  Etudes Pub. dans les années 90/ n° 4 = Publiées dans revues internat./ n° 5 = Relevance (%) : a) meilleures (score 7-6) - b) moyennes (score 5-4-3) - c) faibles (score 2-1-0)/ n° 6 = Conclusions.

1

2

3

4

5 a)

5 b)

5 c)

6

Similia 8 %

13

3

1

12

1

0

(Meilleurs que  les contrôles)

Sens. Génét. 28 %

44

17

17

28

9

7

Meilleurs que  les contrôles

Identité 24 %

38

3

11

25

10

3

Meilleurs que  les contrôles

Hormésis 13 %

20

6

9

10

4

6

A confirmer

Effet Rebond 3 %

4

4

1

0

2

2

Insuffisants pour en juger

Feedback etc. 4 %

5

5

4

0

0

5

Insuffisants pour en juger

Autres 20 %

33

14

4

2

3

28

Insuffisants pour en juger

 

En accord avec ces résultats, on peut conclure que 2 modèles sont déjà bien étudiés et peuvent servir pour comprendre l'activité des remèdes homéopathiques dans certaines circonstances bien définies: l'utilisation des molécules endogènes et les règles de l'identique (isopathie). Les publications sur l'usage homéopathique des molécules endogènes ont été le plus souvent publiées dans les années 90, sont très souvent publiées dans les revues internationales à comité de lecture,  65% d'entre-elles sont pleinement relevantes et de la meilleure qualité. Meilleurs que les contrôles signifie que les résultats obtenus sont en accords avec la question posée, supérieurs de manière significative aux différents groupes de contrôle utilisés (groupes traités avec le solvant seulement, le  solvant dynamisé, une médication sans relevance, un groupe non-traité,...). Pour les règles d'identité, les articles sont aussi de très bonne relevance et de grande qualité scientifique. La plupart de ces études furent aussi publiées dans les années 90, une sur trois dans des revues à comité de lecture.  

Le principe des semblables ne pourrait être reconnu définitivement que si plus d'études confirmeraient les résultats actuels.  Les 12 ou 13 articles sont relevants et de très bonne qualité mais seulement un a été publié dans une revue à comité de lecture et seulement 3 dans les années 90.

Les autres hypothèses ne sont pas encore confirmés par des résultats suffisants que pour être retenus pour la recherche clinique.

On peut donc conclure par cette revue de la littérature pré-clinique en homéopathie que la qualité scientifique de ces publications est suffisante mais que malheureusement seulement quelques publications s'intéressent à la loi des semblables, fondement de l'homéopathie. On notera cependant que le phénomène homéopathique est digne de recherche et que diverses hypothèses cohérentes peuvent être formulées pour des recherches futures. L'utilisation de concepts de recherche fondamentale pour la validation clinique est tout à fait justifiée. Il est par ailleurs important de constater que ce sont les modèles démontrés en recherche pré-clinique qui ont à ce jour les meilleurs résultats cliniques (isopathie & molécules endogènes). 

 

 

 

Conférence de Londres (avril 1999)

 

Au cours de cette deuxième conférence (la première s'est tenue en 1997) ayant pour but de faire le point sur l'évaluation de l'efficacité de l'homéopathie, j'ai été frappé par le nombre sans cesse croissant d'études visant l'évaluation de la pratique de tous les jours. (Conference Proceedings – Royal London Homoeopathic Hospital – 15-16 April 1999)

Il a été question de l’évaluation de l’usage de remèdes homéopathiques achetés directement en pharmacie pour l’automédication aux Royaumes Unis : les polychrestes et les préparations complexes sont les remèdes les plus demandés pour de courtes durées d’utilisation le plus souvent. Les traitements au long terme se font en général avec supervision d’un prescripteur.

L’usage de l’homéopathie en service hospitalier est un nouveau terrain d’évaluation : pour quelles indications un patient est-il hospitalisé en service homéopathique ? Quels résultats objectifs sont ainsi obtenus, ceci est en général associé aux résultats de l’évaluation de son "bien-être" par les patients traités eux-mêmes (questionnaires validés) et ceci confirme nettement l’efficacité de l’homéopathie dans des cas dramatiques (les «incurables» de la médecine) ?

L’analyse systématique des effets « secondaires » des traitements homéopathiques est d’actualité. L’analyse mathématique de 53 publications sur le sujet permet de conclure que l’incidence d’effets secondaires est plus fréquent dans les groupes traités avec un remède homéopathique que dans les groupes placebo. Ces effets sont cependant mineurs et transitoires. La qualité des études est malheureusement insuffisante. Il faut néanmoins signaler que les publications dans les revues médicales conventionnelles mentionnent plus d’effets secondaires que celles publiées dans les revues homéopathiques ; mais il existe souvent une confusion entre les remèdes homéopathiques vrais et des remèdes faussement attribués à l’homéopathie.

Plusieurs études prospectives sur l’effet de l’homéopathie dans la pratique journalière évalué par des questionnaires validés y ont été présentées. L’évaluation du bien-être du patient par questionnaires successifs (le premier avant le traitement, les suivants en cours de traitement) permet d’inclure très rapidement de très nombreux patients et de tirer des conclusions significatives en relation avec la réalité quotidienne de la pratique. L’Organisation Mondiale de la Santé et les autorités Européennes estiment que cette méthode est plus rapide et tout aussi valable pour l’évaluation de l’efficacité des pratiques médicales individualisées. Cette technique d’évaluation permet en plus l’analyse socio-économique systématique du phénomène observé et l’évaluation des risques éventuels de ces pratiques. Les résultats encore partiels à ce jour permettent cependant d’envisager l’efficacité clinique de l’homéopathie pour une grande variété de problèmes médicaux.

L’analyse de la qualité de l’information reçue du patient (anamnèse et notes des patients) a été également considérée et ceci nous conduit tout naturellement à l’évaluation des publications de cas cliniques uniques et remarquables. Ce type de publication est habituel dans les revues homéopathiques mais l’analyse systématique de la validité de ces cas dans le but d’évaluer l’efficacité clinique de l’homéopathie n’a pas encore été réalisée. Il semble cependant que l’on s’oriente vers la collection systématique des cas cliniques de tous les praticiens par des programmes d’ordinateurs de plus en plus performants. L’évaluation des résultats de ces traitements à long terme commence à voir le jour et sont également fort prometteurs.

 

   

Conclusions

 

Dans les différentes analyses citées ci-dessus se trouve le consensus actuel entre experts internationaux concernant la valeur clinique de l’homéopathie. Le travail réalisé à ce jour n'est qu'une petite partie de ce qui nous reste à faire mais il a dépassé un point de non-retour. On ne peut plus ignorer aujourd’hui les Médecines non-conventionnelles et particulièrement l’homéopathie ou se cacher derrière des affirmations dogmatiques dépassées.

Un processus inexorable est engagé et souhaité par les autorités, la reconnaissance des Médecines non-conventionnelles et de l’homéopathie se fera par l'intermédiaire de démarches scientifiques réalisées en dehors de tout climat de suspicion. Sans doute cette démarche sera aussi normative mais cette harmonisation aura des bases comprises et acceptées par tous. La protection des consommateurs, souci prioritaire des autorités européennes, sera ainsi assurée.

Les études en double insu restent certainement « la » référence scientifique actuelle mais il faut constater que la validation définitive de l’homéopathie par ce moyen n’est pas pour demain. Ces études sont très coûteuses et pour chaque étude quelques dizaines de patients seulement seront inclus. Si on exige la validation de l’homéopathie par cette voie unique, pour arriver aux quelques dizaines de milliers de patients nécessaires il passera encore beaucoup d’eau sous les ponts. Il ne faudrait cependant pas oublier ou négliger cette voie !

Plus rapides et plus proches de la pratique journalière sont certainement les études prospectives du "bien-être" des patients traités. La valeur des questionnaires validés est acceptée par la communauté scientifique mondiale, le coût de ces études est vraiment minime, elles permettent d’emblée l’inclusion de patients par milliers. Nul doute que pour le moment, les autorités nous conseillent vivement cette démarche nouvelle qui devrait permettre en quelques années l’évaluation objective de l’efficacité clinique et des risques éventuels de l’homéopathie. Les premières études publiées à ce jour démontrent l’efficacité clinique de l’homéopathie, les méta-analyses de ces publications se feront dans les années à venir.

Je n’ai pas parlé des études rétrospectives concernant nos pratiques qui mériteraient certainement aussi un audit général et des publications plus régulières et standardisées au moment où nos systèmes informatisés sont de plus en plus performants. Ceci constituera également un défit pour l’avenir.  

Référence :

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