"Méta-analyse des travaux récents en clinique
homéopathique".
Dr. Michel
Van Wassenhoven.
Membre Suppléant au Parlement Européen,
Président de l’action COST-B4 - (1993-1999) « Unconventional
Medicine » en 1997,
Vice Président pour la Belgique de la Ligue Médicale Homéopathique
Internationale.
Votre Altesse Sérénissime, Mesdames, Messieurs,
Cet exposé réalisera le survol des différentes
revues de la littérature homéopathique publiées durant les dernières années et
envisagera les perspectives d’avenir.
Le Groupe
"HOMOEOPATHIE" (1994 - 1996)
Sous la présidence du Professeur G.FÜLGRAFF
(Université de Berlin) ce groupe était constitué d'une vingtaine de personnes.
Pour un tiers des méthodologistes spécialisés dans la recherche médicale, un
tiers de chercheurs en médecine "orthodoxe" et de chercheurs connus
dans le secteur de l'homéopathie (désignés par la Commission Européenne à
partir d'une liste proposée par l'E.C.H.). Ce groupe à commencé son travail en
1994 et a déposé son rapport final auprès de la Commission Européenne en
juillet 1996. Il peut être obtenu à l'adresse suivante : Dr. FRACCHIA -
European Commission - D.G.XII - Science Research & Development - 8 floor -
square de Meeus, 46 - B-1040 BRUSSELS - BELGIUM.
Ce groupe publia en 1996 un réel AUDIT de toute
la littérature clinique homéopathique disponible. Le professeur J.P. BOISSEL
(Prof. de Pharmacologie Clinique à l’Université Claude Bernard de Lyon -
France) en fut le coordinateur et l’éditeur.
Le but de ce groupe était de réaliser une revue
critique de la littérature clinique homéopathique afin d’évaluer une possible
activité clinique spécifique versus placebo ou groupe non traité.
Par une recherche d’envergure, 377 références
furent localisées. De ces publications 184 furent retenues dans un premier
temps car correspondent à des critères d’éligibilité prédéfinis :
115 travaux clairement randomisés [sélection des patients dans le
groupe traité par le « verum » ou le groupe contrôle « at
random », au hasard] (dont 32 seulement définissent bien
à l’avance le résultat recherché) et
69 non randomisés ou incertains sur ce point.
La qualité générale de ces 184 publications
sélectionnées fut ensuite évaluée par différents groupes indépendants dans différentes
universités :
* 20% méthode de décision
d’attribution d‘un type de traitement ou d’un autre non spécifiée ou
incertaine ;
* 4%
schéma (design) de l’expérimentation non décrit ;
* 34% type d’insu non spécifié (double
ou simple insu, étude ouverte) ;
* 20% critères d’inclusion de patients
non décrits ;
* 77% principe d’intention de
traitement non spécifié.
En conclusion, quelques publications présentent
un niveau de qualité satisfaisant et correspondent aux critères actuels de
publication de recherche clinique. Un tiers de ces rapports sont de pauvre
qualité et correspondent probablement à des recherches où la qualité de la
méthodologie est pauvre.
24 études randomisées décrivant clairement un
but primaire de recherche (une seulement était en simple insu) furent retenues
en fin de procédure de sélection. Ceci permettant 28 comparaisons de groupes.
Pour 3 comparaisons les éléments nécessaires
pour le calcul mathématique de l’audit n’étaient pas disponibles et pour 4 la
qualité de ces éléments était insuffisante pour autoriser leur incorporation
dans cette méta-analyse. Il reste donc 21 comparaisons utilisables pour le
calcul des valeurs statistiques « p » rassemblées. Ces 21
comparaisons proviennent de 19 études publiées.
Ceci représente un nombre total de 2.282
patients. Ceci signifie que la quantité des évidences disponibles sur
l’efficacité de l’homéopathie est limitée en terme de quantité.
Pour les 21 comparaisons utilisables, toutes
méthodes confondues, le résultat final est une valeur « p »
inférieure à 0.001. Ceci signifie qu’au moins dans une étude l’hypothèse nulle
d’absence d’effet spécifique peut être rejetée c’est-à-dire que les patients
qui ont été soumis à cette analyse (ceux qui ont été traités par un remède
homéopathique) ont eu un bénéfice par rapport à ceux qui n’ont reçu qu’un
placebo. On ne peut bien sûr rien dire concernant d’éventuels biais de
recherche. Il ne fut pas non plus possible de réaliser une méta-analyse
conventionnelle puisqu’il fut nécessaire de regrouper des maladies et des critères
de contrôle très variés.
On pourrait donc penser que les résultats
obtenus par cette analyse générale sont trop optimistes. Cependant les autres
analyses de sensibilité démontrèrent que ces résultats sont significatifs et
robustes (proportion de patients ayant quitté en cours d’étude et valeurs
« p » pour chaque étude prise isolément).
En résumé, les conclusions de ce travail sont
les suivantes :
Il existe une littérature clinique intéressante
concernant l'homéopathie, malheureusement elle est de qualité variable. Sur 377
références, seulement 21 ont pu servir à un réel audit inter universitaire
(Lyon-Londres-Milan-Amsterdam). Si à partir des études analysables on peut
conclure qu'il existe une activité des remèdes homéopathiques supérieure au
placebo, on ne peut en tirer de conclusions définitives sur la valeur de
l'homéopathie puisque le nombre de patients inclus dans ces études n'est que de
2.282. (Pour l'exemple : la reconnaissance définitive de l'activité
anticoagulante de l'aspirine nécessita 45.000 patients inclus dans 6.000
études). Cependant, ces conclusions confirment entièrement les résultats
d'audits antérieurs (Kleijnen J, Knipschild P, ter Riet G 1991). L'homéopathie
est donc bien digne de recherche.
L'étude "Klaus
LINDE" (1997)
En septembre 1997, la revue "The
Lancet" publia une méta-analyse fort comparable à la précédente (Vol. 350
- Septembre 20, 1997 - pp 834). La question posée ici était on ne peut plus
claire : "Les effets cliniques de l'homéopathie sont-ils des effets placebo
?". Ici aussi l'analyse portait donc sur les études avec contrôle placebo.
La méthode de recherche de publications bien que différente de l'analyse
précédente permis de localiser 186 papiers publiés dont 119 randomisés contre
184/115 pour le "groupe homéopathie". Ici aussi, l'analyse
statistique sophistiquée permet de conclure "Il n'est pas possible d'attribuer les effets cliniques de
l'homéopathie uniquement à un effet placebo même si cette conclusion ne permet
pas d'affirmer définitivement l'efficacité spécifique de l'homéopathie".
Plus de recherches rigoureuses sont nécessaires.
Ce parallélisme dans les inclusions et les
résultats de ces deux méta-analyses permet de confirmer la valeur indéniable de
ces conclusions. Dans le travail de Klaus Linde, la présence d'éventuels biais
de publication furent aussi recherchés par les tests de sensibilité les plus
modernes et les plus sévères; malgré ces divers ajustements de variables, les
résultats restent toujours significatifs et solides.
L'action COST B4
(1993 - 1999).
Cette action a commencé en 1993 et s’est
terminée en 1999.
Les rapports annuels d'activité, le rapport
final du Comité de direction ainsi que son Supplément ont été publiés par la
Commission Européenne et peuvent être obtenus à l'adresse suivante : Dr.
MANDENOFF - European Commission - COST Scientific Secretary for Medical
Research - rue de la Loi, 200 - B-68, 4/26 - B-1049 BRUSSELS - BELGIUM.
Les rapports de l’action COST B4 se trouvent
également sur Internet, termes de recherche : <COSTB4report> &
<COSTB4supplement>.
La question posée au sujet des médecines
non-conventionnelles était celle de leur efficacité. Pour répondre à cette
question, le comité de direction a obtenu la collaboration de « Cochrane
Collaboration » qui est un réseau de chercheurs dans le secteur du médical
à l’échelle mondiale. Cette organisation a développé une banque de donnée
centrale localisée à Londres. Plutôt que de réaliser une revue supplémentaire
de toute la littérature disponible, le travail du groupe fut de réaliser une
revue des revues de littérature clinique. Furent évoqués, l’acupuncture,
l’homéopathie, la phytothérapie et les thérapies manuelles (comprenant la
chiropraxie et l’ostéopathie).
Les critères d’inclusion ont été : les
revues prospectives d’études cliniques humaines décrivant explicitement au
moins un des éléments suivants : description de la méthode de recherche et
de sélection des publications ; description de la méthode pour en évaluer
la qualité ; description de la méthode utilisée pour résumer les résultats.
Il fallait en outre que ces revues soit publiées ou acceptées pour publication,
qu‘elles se focalisent sur l’effet des traitements (et non pas seulement sur le
diagnostic, les effets secondaires, etc.), qu’elles aient été publiées dans les
15 dernières années (1983-1997).
Les sources furent : Medline, Embase, la
banque de données du Centre de recherche sur la médecine complémentaire de
l’Université de Munich. De plus, les chercheurs connus par l’action COST B4
furent aussi contactés personnellement afin de pourvoir en publications.
Toutes les informations disponibles (année de
publication, conditions, groupes contrôles,
méthode d’évaluation, nombre et type d’études incluses, conclusions,
etc.) furent résumées sous forme de tableaux. Chaque revue pouvait obtenir une
ou plusieurs qualifications :
« C » si la méthode de recherche des
publications pour la revue était explicite et ‘C’omplète [recherches dans les banques de
données internationales (ex. Medline, Embase) et dans des banques de données
spécifiques (ex. Ciscom), bibliographies des articles obtenus et contact avec
les auteurs ou chercheurs du secteur].
« Q » si la ‘Q’ualité des études
cliniques incluses a été contrôlée selon les critères méthodologiques standards
(randomisation, insu etc.).
« M » si les résultats des études
incluses ont été résumées sous la forme d’une ‘M’éta-analyse quantitative
(analyse statistique combinée des résultats de diverses études indépendantes).
Les conclusions au sujet de l’efficacité sont
classifiées par comparaison au groupe placebo ou non traités :
« + » = bonnes évidences d’efficacité supérieure au placebo ou non
traité ; « (+) » = résultat positif mais pas absolu ou seulement
tendance à une évidence positive ; « ? » = ambigu ou évidences
insuffisantes ; « - » = aucun effet supérieur au autres groupes.
Pour des comparaisons avec des résultats
standardisés ou d’autres traitements : « + » = évidences pour un
résultat supérieur aux standards ou autres traitements ou au moins équivalence
d’efficacité ; « (+) » = évidences limitées pour une équivalence
d’effet ; « ? » = évidences insuffisantes ou ambiguës ;
« - » = les standards ou les autres traitements sont supérieurs.
Table : Revues systématiques en clinique
homéopathique.
|
Premier Auteur |
Année |
Intervention |
Condition |
Comparaison |
Qualificat. |
Nbre |
Conclusions |
|
Hill |
90 |
Toutes |
Toutes |
placebo |
|
40 |
? |
|
Kleijnen |
91 |
Toutes |
Toutes |
placebo |
C,Q |
107 |
(+) |
|
Lutz |
93 |
Toutes |
Toutes |
placebo |
M |
22 |
? |
|
Boissel |
96 |
Toutes |
Toutes |
placebo |
C,Q,M |
115 |
(+) |
|
Linde |
97 |
Toutes |
Toutes |
placebo |
C,Q,M |
119 |
(+) |
|
Wiesenauer |
96 |
Galphinia |
pollinoses |
placebo |
M |
7 |
+ |
|
Reilly |
94 |
Isopathie |
allergies |
placebo |
|
3 |
+ |
En conclusion, par les revues systématiques
récentes on constate qu’environ 190 études contrôlées on été publiées avec des
remèdes homéopathiques. De celles-ci, environ 120 étaient randomisées (choix
des groupes au hasard). Le nombre d’études cliniques prospectives non
contrôlées en homéopathie est relativement faible si on exclu les publications
sur les remèdes complexes (association de plusieurs remèdes homéopathiques dans
une même préparation).
A partir des deux plus récentes méta-analyses
(Boissel – Linde : cfr. plus haut), la revue de l ‘ensemble de toutes
les publications cliniques suggère que le remède homéopathique peut avoir un
effet supérieur au placebo. La faible qualité de certaines études et le manque
de réplication d’un modèle spécifique dans des centres indépendants empêchent
cependant une acceptation définitive de cette conclusion pour le moment.
Deux modèles d’études ont été reproduits dans
différents centres avec des résultats comparables supérieurs au placebo. Pour
le modèle GALPHINIA, la qualité des études est acceptable mais ne respecte pas
tous les standards actuels, de plus ces études ont été coordonnées par le même
expérimentateur ce qui ne peut dans ce cas être considéré comme des
réplications indépendantes. Cette même dernière remarque est valable pour le
modèle ISOPATHIE qui en plus n’a pas à chaque fois considéré des conditions de
maladies identiques (pollinoses & asthme allergique). Une confirmation
vraiment indépendante et rigoureuse serait donc encore nécessaire pour rendre
ces conclusions définitives.
La recherche clinique homéopathique a été jusqu’ici orientée presque complètement vers une seule question : « est-ce un placebo ? ». Cette question générale ignore le fait que l’homéopathie peut être utilisée de différentes manières (concepts thérapeutiques) dans des conditions extrêmement variables. Théoriquement, rien ne dit que tous les concepts thérapeutiques homéopathiques sont tous effectifs de la même manière. La raison de cette question générale est à rechercher dans le fait que pour les autorités académiques l’action des dilutions homéopathiques ne correspond pas à un paradigme acceptable, les chercheurs ont donc surtout cherché à « justifier » l’homéopathie par rapport aux autorités scientifiques établies. Il en ressort que les recherches publiées peuvent être remises en question par rapport à la pratique homéopathique courante, les modèles étudiés ne reflétant que rarement la pratique journalière.
Aucune revue systématique des milliers de cas
cliniques publiés régulièrement par les homéopathes du monde entier n’a été
réalisée à ce jour. Les recherches futures devraient être plus orientées vers la pratique quotidienne de l’homéopathie.
A notre connaissance, aucune revue systématique
concernant les risques de l’homéopathie n’a été faite à ce jour. Du point de
vue conventionnel, qui considère l’homéopathie comme un placebo, un risque
direct est peu probable pour le moins sous le seuil d’une certaine dilution.
Les homéopathes ne parlent que peu d’effets secondaires en homéopathie, tout au
plus ils ont publié des cas d’ « aggravations primaires »
(aggravation de symptômes dans la première phase d’un traitement) mais ils
considèrent cette réaction comme positive.
Un risque indirect (non application d’un autre
traitement adéquat) pourrait être plus important mais peu de publications
existent sur ce phénomène. Récemment, des cas de malaria ont été reportés chez
des patients qui avaient essayé de prévenir la malaria par l’homéopathie plutôt
que par les médicaments standards.
L'action COST B4
(1993 - 1999) (Supplément).
Il me semble qu’il serait malheureux de ne pas
mentionner ici le revue de littérature « pré-clinique » réalisée
durant cette même action COST B4.
Cette revue fut confiée à un groupe de travail
spécialisé, la collaboration du Professeur Madeleine Bastide permis de
bénéficier des facilités d’une thèse de doctorat en pharmacie à l’université de
Montpellier.
Durant une première phase, une revue des revues
de littérature antérieure permis surtout d’établir une liste claire de critères
nécessaires pour qu’une publication soit relevante par rapport à l’homéopathie
et de qualité (critères scientifiques).
Les revues de littérature analysées furent :
G FUMAGALLI (EXPERIMENTALARBEITEN FUR EINEN NACHWEIS DER
EFFEKTE KLEINSTER DOSEN - EINE LITERATURUBERSICHT) - Dissertation de 1992, Institut de Chimie Physiologique de l'école
supérieure vétérinaire de Hanovre (Allemagne).
La grille de critères, identique
pour chaque étude présente l'avantage d'être facilement accessible et permet
une comparaison rapide des différentes publications. Mais elle est rigide, son
manque de souplesse engendrant parfois un défaut de justesse dans la critique
qui ne peut par ce système être nuancée ou fine. En outre, on peut s'étonner de
l'abondance de signes négatifs correspondant à des critères comme études en
aveugle, études avec placebo, représentant des caractéristiques quasi
systématiques de l'expérimentation contemporaine. Cette grille d'évaluation
parait désuète, n'évaluant la valeur de chaque expérience que par, pourrait on
dire, ses caractéristiques externes et ne donnant aucune indication sur
l'esprit dans lequel elle a été réalisée et les mécanismes auxquels elle fait
appel. L'erreur qui se glisse parfois dans l'évaluation de certaines études en
fait un travail très subjectif malgré l'objectivité qu'il semble revendiquer.
R.HALM (ACTUALITE ET MODERNITE DE LA RECHERCHE
EXPERIMENTALE EN HOMŒOPATHIE).
Dans cette thèse soutenue en janvier
1993, René Halm analyse, explique ou mentionne 272 publications dont 48 parmi
les 403 sélectionnées pour notre étude; il ne les évalue pas. Il décrit les
expérimentations, notant éventuellement les défauts qu'il y décèle sans jamais
remettre en cause leur intérêt. Il met en évidence les hypothèses et
explications que ces études peuvent suggérer ainsi que leurs densité, intérêt
et sens par rapport à la méthode, il semble
être peu exigeant quant à leurs protocoles. Par la progression de son plan, il
définit le domaine de chaque expérience et
permet une vue à la fois générale et détaillée de la recherche
expérimentale en homéopathie. Cette étude semble juste et objective puisqu'elle
ne porte aucun jugement.
J.J.AULAS (L'HOMEOPATHIE: APPROCHE
HISTORIQUE ET CRITIQUE ET EVALUATION SCIENTIFIQUE DE SES FONDEMENTS EMPIRIQUES
ET DE SON EFFICACITE THERAPEUTIQUE).
Il s'agit d'un livre publié en 1985 abordant
l'Homéopathie sous plusieurs de ses aspects: historique, géographique, mode de
préparation, législation, expérimentation pathogénétique, recherche
pharmacologique. Le but de cet ouvrage exposé dans l'introduction, est de
"faire le point le plus objectivement possible sur l'homéopathie ",
et la tonalité en est donnée par la première ligne, une citation: "dans le faux, sinon l'insensé, le vrai déjà
s'éprouve et se cherche. "F Dagognet (la raison et les remèdes). Dans
le chapitre relatif à la recherche pharmacologique de laboratoire, l'auteur
utilise 41 références (dont 9 présentes dans notre bibliographie) pour soutenir
que "les affirmations selon lesquelles la loi de similitude ou l'activité
de doses infinitésimales sont démontrées chez l'animal ne peuvent pas être
acceptées". Il définit une série de critères qu'une expérimentation doit
présenter pour être valide.
T VAN ASSELDONK : (HOMEOPATHIE BIJ PLANTEN).
Il s'agit d'une vue
générale des données de recherche sur l'Homéopathie chez les plantes inspirée
de l'étude de 51 publications dont 12 référencées parmi celles que nous nous
proposons d'étudier. Cet article a été publié en 1991. L'auteur ne définit pas
de système d'évaluation, mais présente un résumé des publications analysées et
une vue pertinente, mais personnelle, de ce que devrait être la recherche en
Homéopathie chez les plantes. L'individualisation semble être pour elle le
concept fondamental trop souvent négligé, effacé par certains protocoles et
masqué par la présentation statistique des résultats; pour plus de justesse
plusieurs paramètres devraient être analysés; et selon elle, la non
reproductibilité de l'action d'un remède ne signifie pas qu'elle n'existe pas.
K. LINDE : (CRITICAL REVIEW AND META-ANALYSIS OF SERIAL
AGITATED DILUTIONS IN EXPERIMENTAL TOXICOLOGY).
Une étude publiée
en 1994 portant sur les effets protecteurs des préparations diluées et agitées
en série en toxicologie expérimentale et comportant 139 expérimentations depuis
1955 ( dont 64 référencées pour notre étude .) Le système d'évaluation est
constitué par des critères d'inclusion et une évaluation de la qualité de
chaque publication incluse. Une méta-analyse combinant les résultats de toutes
les expérimentations comparables a été réalisée quand : a) la même toxine
était utilisée; b) la dose et la voie d'administration étaient identiques; c)
la dilution dynamisée était de préparation et de niveau de dilution identiques;
d) la mesure des résultats était identique; e) les scores évaluant la qualité
représentaient au moins 50% du maximum ou au delà du score moyen pour toutes
les études et qu'aucune déficience méthodologique majeure n'était notée; f) au
moins trois expériences qualifiées avaient eu lieu. L'ensemble de ce travail
est très rigoureux.
Cette revue des revues ne permet
d'autre conclusion que de décider de réaliser une revue plus complète,
rigoureuse et systématique. Le groupe de travail décida de n'inclure dans cette
nouvelle revue que les publications où au moins un élément clef de
l'homéopathie est présent (par exemple les hautes dilutions). En cours de travail, il fut évident qu'un
simple classement selon la présence ou non de différentes variables (critères
scientifiques et homéopathiques = analyse de la "relevance" de l'étude) n'a de sens que si on les classe
aussi par concept de traitement. Ces concepts peuvent révéler la base
biologique du mécanisme d'action des produits homéopathiques même en l'absence
de démonstration par la physique conventionnelle.
Comme pour la recherche clinique,
cette recherche est un phénomène relativement neuf qui s'amplifie depuis des
années 80.
Différents aspects du phénomène homéopathique ont été étudiés par divers auteurs à l'aide de plusieurs modèles biologiques. Il fut possible de classifier les publications par rapport aux concepts étudiés (la figure suivante montre le pourcentage de publications dans chaque catégorie) :
à Utilisation de molécules endogènes
diluées = sensibilité génétique (28%)
à Règles d'Identités (Mithridates) =
apprentissage (24%)
à Autres (20%)
à Hormésis (loi d'Arndt-Schultz) =
inversion des effets par dilution homéopathique (13%)
à Principe de Similitude = corrélation
des symptômes (8%)
à Régulation Cybernétique (feedback
etc.) = signal moléculaire (4%)
à Effet Rebond (self guérison) =
corrélation dans le temps (3%)
*
Utilisation de molécules endogènes : les dilutions sont préparées à
partir de solutions concentrées de molécules qui appartiennent au même être
vivant. L'effet est le même que si le produit original était présent. Les modèles sur cellules et animaux sont les
plus courants, certains sont aussi réalisés sur des plantes.
*
Règles d'Identité : le produit utilisé pour le traitement
est le même que le produit toxique cause des problèmes. Il peut être donné
avant ou après l'intoxication en dilution homéopathique supérieure ou
inférieure au nombre d'Avogadro. Ce
modèle est essentiellement animal, mais
parfois aussi utilisé sur des plantes et très rarement sur des cultures cellulaires. Une reproductibilité
indépendante a été retrouvée dans le modèle végétal à l'Arsénic ou au CuSO4
intoxication/detoxication du lepidium ou du blé.
*
Hormésis : concept général qui défini un
changement d'effet, vers un effet opposé, d'une substance à deux différentes
concentrations. Le plus souvent cette
recherche se fait sur animaux ou des
plantes mais des cellules en culture ont aussi été utilisées, de même dans deux
cas des volontaires humains ont été soumis à ce modèle avec de l'aspirine.
*
Le Principe des Semblables : une substance, capable de
provoquer des symptômes dans
un organisme sain, agira comme agent curatif dans un organisme malade qui
présente les mêmes symptômes
spontanément. Toutes ces études ont été
faites sur animaux.
Les règles de l'identité, l'hormésis et le
principe des semblables sont en relation directe les uns avec les autres. Ils
sont classés en différents concepts de recherche fondamentale car ils utilisent
des modèles de recherche différents.
*
Régulation Cybernétique : effets de dilutions homéopathiques
inférieures au nombre d'Avogadro (reste donc moléculaire !) d'un produit
agissant sur la régulation d'un système étudié. Des cellules ou des animaux sont les sujets de cette recherche.
*
Effet Rebond : après une forte contamination toxique, le
sujet expérimental présente des symptômes opposés et régulateurs. Cet effet est
toujours temporaire et lié au temps écoulé. Nous
avons trouvé uniquement ici des travaux sur cellules.
Des études pré-cliniques
analysées (162 papiers sur 455 publications), une sur trois a été publiée dans une revue internationale à
comité de lecture. On peut donc y relever la qualité scientifique relativement
élevée.
Résultats résumés :
Colonne numéro 1 = Concepts - Mécanismes (%)/ n° 2 = Nombre d'art./ n° 3 =
Etudes Pub. dans les années 90/ n° 4
= Publiées dans revues internat./ n° 5
= Relevance (%) : a) meilleures
(score 7-6) - b) moyennes (score
5-4-3) - c) faibles (score 2-1-0)/
n° 6 = Conclusions.
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 a) |
5 b) |
5 c) |
6 |
|
Similia
8 % |
13 |
3 |
1 |
12 |
1 |
0 |
(Meilleurs
que les contrôles) |
|
Sens.
Génét. 28 % |
44 |
17 |
17 |
28 |
9 |
7 |
Meilleurs
que les contrôles |
|
Identité
24 % |
38 |
3 |
11 |
25 |
10 |
3 |
Meilleurs
que les contrôles |
|
Hormésis
13 % |
20 |
6 |
9 |
10 |
4 |
6 |
A
confirmer |
|
Effet
Rebond 3 % |
4 |
4 |
1 |
0 |
2 |
2 |
Insuffisants
pour en juger |
|
Feedback
etc. 4 % |
5 |
5 |
4 |
0 |
0 |
5 |
Insuffisants
pour en juger |
|
Autres
20 % |
33 |
14 |
4 |
2 |
3 |
28 |
Insuffisants
pour en juger |
En accord avec ces résultats, on peut conclure
que 2 modèles sont déjà bien étudiés et peuvent servir pour comprendre
l'activité des remèdes homéopathiques dans certaines circonstances bien
définies: l'utilisation des molécules endogènes et les règles de l'identique
(isopathie). Les publications sur l'usage homéopathique des molécules endogènes
ont été le plus souvent publiées dans les années 90, sont très souvent publiées
dans les revues internationales à comité de lecture, 65% d'entre-elles sont pleinement relevantes et de la meilleure
qualité. Meilleurs que les contrôles signifie que les résultats obtenus sont en
accords avec la question posée, supérieurs de manière significative aux
différents groupes de contrôle utilisés (groupes traités avec le solvant
seulement, le solvant dynamisé, une
médication sans relevance, un groupe non-traité,...). Pour les règles
d'identité, les articles sont aussi de très bonne relevance et de grande
qualité scientifique. La plupart de ces études furent aussi publiées dans les
années 90, une sur trois dans des revues à comité de lecture.
Le principe des semblables ne pourrait être
reconnu définitivement que si plus d'études confirmeraient les résultats
actuels. Les 12 ou 13 articles sont
relevants et de très bonne qualité mais seulement un a été publié dans une
revue à comité de lecture et seulement 3 dans les années 90.
Les autres hypothèses ne sont pas encore
confirmés par des résultats suffisants que pour être retenus pour la recherche
clinique.
On peut donc conclure par cette revue de la
littérature pré-clinique en homéopathie que la qualité scientifique de ces
publications est suffisante mais que malheureusement seulement quelques
publications s'intéressent à la loi des semblables, fondement de l'homéopathie.
On notera cependant que le phénomène homéopathique est digne de recherche et
que diverses hypothèses cohérentes peuvent être formulées pour des recherches
futures. L'utilisation de concepts de recherche fondamentale pour la validation
clinique est tout à fait justifiée. Il est par ailleurs important de constater
que ce sont les modèles démontrés en recherche pré-clinique qui ont à ce jour
les meilleurs résultats cliniques (isopathie & molécules endogènes).
Conférence de Londres
(avril 1999)
Au cours de cette deuxième conférence (la
première s'est tenue en 1997) ayant pour but de faire le point sur l'évaluation
de l'efficacité de l'homéopathie, j'ai été frappé par le nombre sans cesse
croissant d'études visant l'évaluation
de la pratique de tous les jours. (Conference Proceedings – Royal
London Homoeopathic Hospital – 15-16 April 1999)
Il a été question de l’évaluation de l’usage de
remèdes homéopathiques achetés directement en pharmacie pour l’automédication
aux Royaumes Unis : les polychrestes et les préparations complexes sont
les remèdes les plus demandés pour de courtes durées d’utilisation le plus
souvent. Les traitements au long terme se font en général avec supervision d’un
prescripteur.
L’usage de l’homéopathie en service hospitalier
est un nouveau terrain d’évaluation : pour quelles indications un patient
est-il hospitalisé en service homéopathique ? Quels résultats objectifs
sont ainsi obtenus, ceci est en général associé aux résultats de l’évaluation
de son "bien-être" par les patients traités eux-mêmes (questionnaires
validés) et ceci confirme nettement l’efficacité de l’homéopathie dans des cas
dramatiques (les «incurables» de la médecine) ?
L’analyse systématique des effets
« secondaires » des traitements homéopathiques est d’actualité.
L’analyse mathématique de 53 publications sur le sujet permet de conclure que
l’incidence d’effets secondaires est plus fréquent dans les groupes traités
avec un remède homéopathique que dans les groupes placebo. Ces effets sont
cependant mineurs et transitoires. La qualité des études est malheureusement
insuffisante. Il faut néanmoins signaler que les publications dans les revues
médicales conventionnelles mentionnent plus d’effets secondaires que celles
publiées dans les revues homéopathiques ; mais il existe souvent une
confusion entre les remèdes homéopathiques vrais et des remèdes faussement
attribués à l’homéopathie.
Plusieurs études prospectives sur l’effet de
l’homéopathie dans la pratique journalière évalué par des questionnaires
validés y ont été présentées. L’évaluation du bien-être du patient par
questionnaires successifs (le premier avant le traitement, les suivants en
cours de traitement) permet d’inclure très rapidement de très nombreux patients
et de tirer des conclusions significatives en relation avec la réalité
quotidienne de la pratique. L’Organisation Mondiale de la Santé et les
autorités Européennes estiment que cette méthode est plus rapide et tout aussi
valable pour l’évaluation de l’efficacité des pratiques médicales
individualisées. Cette technique d’évaluation permet en plus l’analyse
socio-économique systématique du phénomène observé et l’évaluation des risques
éventuels de ces pratiques. Les résultats encore partiels à ce jour permettent
cependant d’envisager l’efficacité clinique de l’homéopathie pour une grande
variété de problèmes médicaux.
L’analyse de la qualité de l’information reçue
du patient (anamnèse et notes des patients) a été également considérée et ceci
nous conduit tout naturellement à l’évaluation des publications de cas
cliniques uniques et remarquables. Ce type de publication est habituel dans les
revues homéopathiques mais l’analyse systématique de la validité de ces cas
dans le but d’évaluer l’efficacité clinique de l’homéopathie n’a pas encore été
réalisée. Il semble cependant que l’on s’oriente vers la collection
systématique des cas cliniques de tous les praticiens par des programmes
d’ordinateurs de plus en plus performants. L’évaluation des résultats de ces
traitements à long terme commence à voir le jour et sont également fort
prometteurs.
Conclusions
Dans les différentes analyses citées ci-dessus
se trouve le consensus actuel entre experts internationaux concernant la valeur
clinique de l’homéopathie. Le travail réalisé à ce jour n'est qu'une petite
partie de ce qui nous reste à faire mais il a dépassé un point de non-retour.
On ne peut plus ignorer aujourd’hui les Médecines non-conventionnelles et
particulièrement l’homéopathie ou se cacher derrière des affirmations
dogmatiques dépassées.
Un processus inexorable est engagé et souhaité
par les autorités, la reconnaissance des Médecines non-conventionnelles et de
l’homéopathie se fera par l'intermédiaire de démarches scientifiques réalisées
en dehors de tout climat de suspicion. Sans doute cette démarche sera aussi
normative mais cette harmonisation aura des bases comprises et acceptées par
tous. La protection des consommateurs, souci prioritaire des autorités
européennes, sera ainsi assurée.
Les études en double insu restent certainement
« la » référence scientifique actuelle mais il faut constater que la
validation définitive de l’homéopathie par ce moyen n’est pas pour demain. Ces
études sont très coûteuses et pour chaque étude quelques dizaines de patients
seulement seront inclus. Si on exige la validation de l’homéopathie par cette
voie unique, pour arriver aux quelques dizaines de milliers de patients
nécessaires il passera encore beaucoup d’eau sous les ponts. Il ne faudrait
cependant pas oublier ou négliger cette voie !
Plus rapides et plus proches de la pratique
journalière sont certainement les études prospectives du "bien-être"
des patients traités. La valeur des questionnaires validés est acceptée par la
communauté scientifique mondiale, le coût de ces études est vraiment minime,
elles permettent d’emblée l’inclusion de patients par milliers. Nul doute que
pour le moment, les autorités nous conseillent vivement cette démarche nouvelle
qui devrait permettre en quelques années l’évaluation objective de l’efficacité
clinique et des risques éventuels de l’homéopathie. Les premières études
publiées à ce jour démontrent l’efficacité clinique de l’homéopathie, les
méta-analyses de ces publications se feront dans les années à venir.
Je n’ai pas parlé des études rétrospectives
concernant nos pratiques qui mériteraient certainement aussi un audit général
et des publications plus régulières et standardisées au moment où nos systèmes
informatisés sont de plus en plus performants. Ceci constituera également un
défit pour l’avenir.
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